Saint Jean d’Acre, une autre époque, une autre histoire

Publié par guideisrael le

Une des villes les plus visitées en Israël est Saint Jean d’Acre. Située sur la côte méditerranéenne, à 25 km au nord de Haïfa, cette ville est doublement classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco. La vieille ville, son marché traditionnel, les vestiges des croisés des XIIème et XIIIème siècles, les traces du siège de Napoléon Bonaparte, les fortifications ottomanes, on ne peut que tomber sous le charme de cette ville incroyable. Pourtant, il existe une autre Saint Jean d’Acre à l’histoire moins connue mais tout aussi passionnante.

A l’époque ottomane, des bâtiments furent construits en hauteur pour établir le siège du gouvernement municipal de la ville (Saraya). A la fin du XIXème siècle, ces bâtiments furent transformés en prison et en caserne. Les archéologues découvriront 50 ans plus tard que la citadelle des Hospitaliers se trouve juste en dessous de cette prison. C’est ici que fut emprisonné pendant deux ans le chef spirituel des Bahaïe, appelé Baha-Alla («la gloire de Dieu »), entre 1868 et 1870. Ce dernier passa ensuite 22 ans en résidence surveillée dans la ville jusqu’à son décès en 1892. C’est autour de son tombeau qu’on peut admirer les magnifiques jardins Bahaïe de Saint-Jean d’Acre qui sont, avec les jardins suspendus de Haïfa, également classés au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco.

Retour à la prison. Après la 1ère Guerre Mondiale, les Britanniques prirent le contrôle de la région. La citadelle fut utilisée comme prison principale de la région Nord d’Israël pour les prisonniers politiques et de droit commun. C’était la forteresse la mieux gardée du pays : entourée de murailles et encerclé à l’est et au nord par un fossé profond et par la mer à l’ouest. Des centaines de membres des organisations paramilitaires du Yishouv (installations juives en Palestine avant la création de l’Etat d’Israël) y furent emprisonnés. Des membres de la Haganah, de l’Irgoun (« Etzel ») et du Lehi (« groupe Stern ») furent condamnés pour avoir mené la lutte contre le régime mandataire et pour leur droit à fonder une nation sur la Terre d’Israël. Parmi ses plus célèbres prisonniers figurent Zeev Jabotinsky (père de la droite israélienne), Yitzhak Shamir (Premier Ministre entre 1983-1984 et 1986-1992) mais également Moshé Dayan ou Eitan Livni (père de Tzipi Livni).

La prison était également le lieu où étaient exécutés les prisonniers politiques condamnées à mort. Par pendaison. Quand on visite le musée des prisonniers de Saint Jean d’Acre, on peut voir la salle de pendaison. A droite de la potence sont inscrits les noms des prisonniers qui ont été exécutés ici. A gauche, on peut lire les premières phrases de l’hymne national, la Hatikvah. Il n’y a que les premières phrases, qui se terminent par des points de suspension, suggérant que les condamnés n’ont pas pu terminer de célébrer leur hymne….

Un plan d’évasion fut préparé par l’Irgoun pour le mois d’avril 1947. Il a dû être reporté au dimanche 4 mai 1947. C’est le jour où l’Assemblée générale des Nations Unies s’est réunie pour discuter de la question de la Palestine. Il y avait alors dans la prison près de 600 prisonniers (400 Arabes et 163 Juifs). L’Irgoun avait sélectionné 41 prisonniers pour l’évasion : le nombre de places dans les maisons où ils pourraient être cachés.

L’Irgoun a acheté des véhicules et des vêtements. Elle a introduit du TNT dans la prison et ce dernier a été transformé en bombes et en grenades à main. Le 04 mai dans l’après-midi, les combattants de l’Irgun déguisés en soldats anglais, en civils arabes et en techniciens téléphoniques du Royal Engineers sont arrivés dans la ville. Un camion s’est garé à proximité de la prison et des échelles ont été déployées. Au même moment, à 16H22, les prisonniers ont déclenché leurs bombes, créant un énorme trou dans l’un des murs de la prison. Une panique indescriptible s’est emparée des prisonniers et des gardes. 214 prisonniers arabes se sont échappés et ont disparu dans la ville. 27 prisonniers de l’Irgoun et du Lehi se sont échappés. Courses poursuites, échanges de tirs, arrestations….

Menahem Begin, commandant de l’Irgoun, a salué cette opération comme un acte d’héroïsme tandis que le New York Herald Tribune a écrit que c’était la mission ambitieuse, la plus difficile à ce jour, menée à la perfection.

L’évasion de la prison de Saint-Jean d’Acre est considérée comme un évènement fondateur dans la volonté des Anglais de se retirer de Palestine. Elle a abouti 6 mois plus tard au vote des Nations Unies sur le plan de la Partage de la Palestine le 29 novembre 1947.

Catégories : Israel

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